|
Les bonnes feuilles par thème
Des facteurs à l’origine du tabagisme de notre héros
David et Goliath : Tu et l’industrie du tabac
Tu subit les toxiques
Tu subit la publicité
Tu face à Benzo : une lutte inégale
Tu, victime de manipulations psychiques
Tu est manipulé physiquement
Le tabac, c’est la santé?
Tu est aussi victime du tabagisme passif
Tu manipulé au travers la recherche scientifique
L’industrie du tabac et l’industrie pharmaceutique en compétition
Tu, manipulé via les médias
Le tabac, agent appauvrissant des particuliers et des entreprises
L’industrie du tabac masochiste?
Les relations coupables de l’Etat avec l’industrie du tabac
Tabac et Union Européenne
Papa Tu se libère du tabac
Cigarettiers-contrebandiers
Le lobby du tabac
Les politiques et le tabac
Tabac et justice
Tabac et environnement
Tu voyage
Tu reçoit des lettres anonymes
Tu étudie
Tu travaille
Tu s’intéresse à l’actualité
Tu est papa
Tu est malade
Tu est sous un double contrat
Des facteurs à l’origine du tabagisme de notre héros:
Il en avait conclu deux choses. En premier une équation : cigarette = armée = mâles, ce qui lui convenait parfaitement. En second, l’armée = l’Etat. Et si l’Etat distribuait des cigarettes, c’est que c’était bon pour la santé, le moral etc…
Donc un appendice de six centimètres était bien de nature à conforter son image de caïd à l’école et sans risque particulier pour sa santé. (31)
- Merci Philippe. Ah ! J’ai encore une question : il parait que lorsqu’on commence, on ne peut plus s’arrêter.
- Ce sont des foutaises. Moi je peux arrêter quand je veux.
- Tu as déjà essayé ?
- Non, mais je sais que je pourrais arrêter si je le décidais. Immédiatement.
- Pourquoi n’as-tu pas essayé d’arrêter…juste pour voir si c’est vraiment possible ?
- A quoi bon, puisque j’aime ça et que je suis sûr de pouvoir arrêter n’importe quand. (35)
Aimé relut son « analyse scientifique », la confirma et se dit qu’une telle décision prise le jour de ses 14 ans était sans doute sa première décision d’Homme. (40)
Localement légèrement anesthésiantes, les mentholées autorisaient les candidats à l’oppression à des inhalations longues et profondes. Sans effort. Ce faisant, les futurs attachés ne voyaient lors de leur initiation que des points positifs : plaisir du goût et attrait social avec en plus une « protection » thérapeutique. (41)
- Je vais l’emmerder en commençant à fumer, déclamé à haute voix. (53)
Tu acheta ses 5 premières cigarett€$ (60)
Tu percevait les suppliques successives comme autant de preuves de harcèlement. Il avait jusque là vaincu un interdit maternel. Il résistait. Il résisterait, preuve qu’il existait vraiment en tant qu’individu autonome.
- Laisse-moi vivre ma vie comme je le veux ! hurla t-il.(90)
David et Goliath : Tu et l’industrie du tabac
- Quelles sont, Monsieur Ad Patres, les composantes de votre succès planétaire?
- Je vous en citerai cinq : l’antériorité, notre marketing, la publicité et la promotion, la composition chimique et enfin le démantèlement des monopoles. (188)
Certains ont même écrit que pour nous, un nouveau-né sur deux était une machine à sous! (188)
Tu subit les toxiques
Certains « collègues » de Benzo naturellement à l’état gazeux se déplaçaient sans aide. Benzo et beaucoup d’autres avaient besoin d’un moyen de locomotion : les particules. A chaque fois que Tu allumait une cigarette, Benzo savait que pendant quatre à sept minutes d’une bonne douzaine de bouffées, lui assurant un transport idéal via un volume de fumée compris entre 400 et 900 millilitres de fumée. Chaque millilitre contenait plus de 10 milliards de particules. Donc une cigarette émettait de 4 à 9 mille milliards de particules.(64)
Tu subit la publicité
Il prit ainsi la tête de la plus grande entreprise de décervelage au monde : la communication de Pro-Mortem. Au fil des années, il avait ajouté à ses activités publicitaires, la promotion, le parrainage et plus récemment, pour se détendre, les campagnes de prévention ainsi que la lutte contre les activistes antitabac.(122)
L’insignifiant Mr Lambda devenait, grâce à la fée Tabac, un être recherché voire convoité.(123)
Il rappelait régulièrement à ses équipes les buts de leur activité : impressionner les jeunes cervelles, inciter les enfants à la première (L&N faisaient le reste), encourager les adultes accros à le rester et à résister aux sirènes prônant l’abandon, encourager les adultes à fumer davantage et encourager les rechutes. « Soyez des pros, faites aussi bien que le cancer et ses quatre phases : initiation, promotion, progression et métastases. Notre approche est la même. Nos résultats aussi. » s’amusait à dire Intox.(126)
Pour les films, c’était encore mieux : 9 films à succès sur 10 comportaient des scènes de tabagie bien placées : les acteurs fumaient lorsque l’intrigue était à son comble, pour accompagner des scènes de bonheur, de tristesse, de stress, ou de bien-être, de colère ou de soulagement. Fumeurs et futurs fumeurs associaient alors inconsciemment cigarette et résolution de problèmes. (134)
Tu face à Benzo : une lutte inégale
Ses 4000 copains, des particules ou des gaz, jaloux de son efficacité n’hésitaient pas à le traiter de « génotoxique ». L’injure représentait pour lui un compliment, car son but était en effet d’atteindre le patrimoine génétique du jeune fumeur en « initiant » une cellule à un processus mortel. D’ailleurs, une quarantaine d’autres composants ne valaient pas beaucoup mieux ! La concurrence était rude. Pendant trois longs mois et sans aucun égard pour ses efforts, foie et reins avaient réussi à le rendre non toxique et à l’éliminer via la bile ou les urines. Trois mois de perdus pendant lesquels il n’avait pas réussi à rentrer dans une seule cellule.(67)
Benzo se rendait compte que le but ultime de sa mission supposait d’incessantes et multiples attaques pour parvenir à provoquer de multiples dégâts. Donc du temps.
Heureusement, pour l’heure, Tu continuait à traverser l’autoroute vingt fois par jour…et il trouvait cela très bien !(83)
Tu, victime de manipulations psychiques
Le duo maléfique comptait un milliard cent millions de victimes dans le monde, toutes plus ou moins conscientes de leur camisole psychique et chimique. Après avoir semé leurs illusions, L&N récoltaient un même produit appelé indifféremment blé, deniers, monnaie, finance, ferraille ou fric, galette, oseille, ou encore pèze, picaillon, pognon, généralement exprimés en dollars.
Leurs prisonniers récoltaient aussi : une privation de libertés, un appauvrissement et des souffrances conduisant la moitié d’entre eux à une mort prématurée d’au moins 10 ans. Leurs familles, même non consentantes souffraient directement et indirectement des agissements de L&N. Ils s’en moquaient. (72)
L&N, c’était la potion magique pour affronter toute situation, y compris les plus périlleuses. Qui pouvait lui être plus fidèle, à toute heure, en tous lieux ?
Ils répondaient présents pour l’accompagner aussi bien dans les moments de liesse que dans les périodes de cafard et dans toutes les situations qu’il associait au rite. Non, Tu ne pouvait imaginer une vie sans cigarette. Cela ne l’empêchait pas de s’interroger.(80)
« Je jure de travestir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. » déclama avec un aplomb naturel un certain Bobard devant le patron qui venait de le recruter.
Sa mission : aider l’état-major de la compagnie à mentir le plus professionnellement possible.(102)
Enfin, pour conditionner les tout-petits, il y avait en chocolat des briquets et des cigarettes emballées dans des paquets fort ressemblants. Tu les vit lors de son premier achat. Déjà, ils n’étaient plus nécessaires pour lui. Gurkha s’enorgueillissait des 5% de fumeurs résultant de ces sucreries. Cela valait bien de temps à autre quelques saisies qui, de toutes façons ne coûtaient rien à Pro-Mortem.(170)
Tu est manipulé physiquement
Vicieuse en diable, elle excitait ses clients. Ses agissements pouvaient être très ambigus. Faiblement présente, elle stimulait. En s’incrustant, elle calmait. Une illusionniste exceptionnelle capable de provoquer des effets contradictoires sur un court laps de temps. Madame Nicotine pouvait aussi tuer : avec environ 40 milligrammes de son venin, elle était capable d’envoyer ses dominés « ad patres » c’est-à-dire où Tu n’envisageait pas d’aller de sitôt - au cimetière…ou en fumée.(74)
Machiavélique, elle pénétrait dans ses victimes comme par effraction, avec une fausse clé. Tu était, comme tout le monde, équipé d’un système de transmission de l’information d’une cellule à une autre avec des substances appelées neurotransmetteurs et des récepteurs. Le génie pharmaceutique de Nicotine lui permettait de remplacer l’un des neurotransmetteurs et de se fixer, entre autres, à la jonction de muscles, à la terminaison du système nerveux sympathique du cœur et des vaisseaux, dans l’arbre bronchique et dans plusieurs zones du cerveau, dont celle de la récompense…et cela en moins de dix secondes. Madame Nicotine dispensait ainsi de véritables « shoots ». Plusieurs centaines par jour.
Ce mode d’administration exclusif faisait baver de rage toute une industrie pharmaceutique bien incapable de pareilles performances.(74)
Nicotine créait le problème et le réglait à la fois. (76)
Le tabac, c’est la santé ?
Tu as raison de rêver, Florence. Depuis plus de vingt ans, j’ai mené une guérilla sans merci à mon mari sur le sujet. Le résultat est nul. Maintenant il tousse, ronfle, souffre sans doute aussi d’artérite, ses cheveux grisonnent. Il en connaît la cause…et il continue.
Ses parents sont morts dans un accident de voiture dû à une hémorragie cérébrale du père au volant, clairement consécutive au tabac. Il a connu son grand-père maternel aveugle, également grâce au tabac. Quant à son grand-père paternel, il est mort d’un cancer du larynx, après avoir été réduit au chômage, avoir perdu sa voix et été défiguré, tout cela « grâce » au tabac. Pas plus ces faits que mon harcèlement n’ont eu le moindre effet. Le tabac semble une malédiction. J’ai peur pour lui, j’ai peur pour eux.(98)
L’industrie savait, elle, qu’il n’existait pas de quantité fumée sans danger. Particulièrement chez la femme enceinte.(114)
Les activités légales, et celles qui l’étaient un peu moins, de Pro-Mortem débarrassaient chaque année la planète de plus de 700 000 personnes, soit tout de même 1917 par jour. Autant de retraites à ne plus verser, autant de soins médicaux évités. Ce n’était qu’une contribution, car l’industrie toute entière parvenait à en expédier ad patres plus de treize mille par jour, soit une toutes les six secondes et demie. Bobard s’était un jour demandé ce qui serait advenu d’une compagnie aérienne dont une trentaine de Boeing 747 ou d’Airbus A380 se serait écrasée quotidiennement… (115)
Tu est aussi victime du tabagisme passif
Il y a vingt-cinq ans déjà, un rapport interne alertait sur un autre danger : « la menace la plus dangereuse ayant jamais existé sur la viabilité de l’industrie du tabac » . Près de quatre-vingt-dix pour cent de la fumée produite par une cigarette profitaient aux autres. Cette fumée présentait une toxicité nettement plus élevée que celle inhalée par les asservis. Bobard se vit confier la mission de dresser ce peuple d’ingrats qui refusaient de plus en plus obstinément le cadeau avec des prétextes incroyables : ils n’appréciaient ni les odeurs désagréables imprégnant vêtements et cheveux, ni les irritations oculaires, ni les rhinorrhées, ni les irritations de la gorge, ni les étourdissements, ni les vertiges, nausées et autres troubles de l’oreille interne(107)
Blouse Blanche parvint à berner des congrès entiers en troquant les travaux, pour ne retenir que les favorables-puisque financés par l’industrie-, en isolant des intervenants, en influençant des comptes rendus. Les résultats obtenus dépassèrent les espoirs : la controverse se poursuivait encore en 1996, quand Ad Patres, avec le culot qu’on lui connaît, proclamait dans des campagnes de publicité qu’ « il est plus dangereux de manger un biscuit ou boire un verre de lait que de respirer la fumée de cigarette. »(109)
Tu manipulé au travers la recherche scientifique
Quelles que soient les difficultés, il finissait toujours par trouver quelques marionnettes pour créer des travaux et des conclusions favorables, pour dénaturer des faits, pour interpréter de façon fallacieuse et induire un syndrome de consensus contre nature. Gurkha put ainsi organiser maints colloques et symposiums dont les participants étaient exclusivement des scientifiques compréhensifs, les « scientifrics ». 2500€ par jour, sans être le Pérou, égayaient l’ordinaire de quelques chercheurs qui, eux au moins « avaient réussi à trouver quelque chose ».
Gurkha réprimait de puissantes envies de rire lorsque sur une tribune relayée dans le monde entier des fabulateurs affirmaient :
« la corrélation entre bronchite et consommation de légumes est du même ordre que celle liant le tabagisme passif et la bronchite. »
ou encore :
« le tabagisme passif est moins dangereux que de côtoyer des perruches. »
Le tabac n’était décidemment pas le seul à nuire à la santé. Le fric aussi.(163)
L’industrie du tabac et l’industrie pharmaceutique en compétition
Chaque semaine, Bobard analysait la situation et les problèmes en cours. Les dangers venaient de partout. L’industrie pharmaceutique, décida un jour de vendre de la nicotine à la place de l’industrie, y compris à des fumeurs qui n’en avaient nul besoin. Les m€dicam€nt$ semblaient ne plus suffire à satisfaire son appétit financier. L’industrie du tabac s’étant autoproclamée dealer exclusif de nicotine, elle souhaitait conserver sa légitime exclusivité.(110)
Tu, manipulé via les médias
Le dernier axe visait les médias avec un budget conséquent pour inviter aux meilleures tables journalistes, auteurs et autres célébrités à des conférences sur des thèmes permettant une manipulation de l’opinion. « Le plaisir est-il en danger ? » fut le premier sujet choisi. Il s’avéra peu après qu’avec un petit budget, des invités prestigieux répandaient une bonne nouvelle : mieux valait parler du plaisir que de la santé !(225)
Le tabac, agent appauvrissant des particuliers et des entreprises
Son entreprise, Chim’R, avait décidé de devenir une entreprise sans tabac au 1er janvier 1998, car celui-ci lui coûtait très cher : 2830€/an/fumeur chez Chim’R. La firme veillait au bien-être de son personnel, c’était fondamentalement son intérêt. Le tabac n’était ni une composante naturelle du bien-être, ni un vecteur de compétitivité.(143)
- Quelle est la part des pays en voie de développement dans cette population de fumeurs ?
- De l’ordre de 800 millions, soit si vous préférez 73%.
- Mais 73% de profits provenant de pays peu ou pas solvables, c’est un risque énorme ?
- Eh non ! Cher Monsieur Dubois, car quel que soit le circuit de distribution, toutes nos livraisons sont financièrement sécurisées et génératrices de marges toujours plus que convenables. Notre risque pour distributeur défaillant est nul. Quant aux fumeurs, même vraiment impécunieux, ils se débrouillent toujours pour trouver la somme d’un ou deux paquets par jour. Et dans ces pays, ils peuvent les acheter à tous les coins de rue à la pièce. Nous aidons d’ailleurs les petits vendeurs, qui, sans nous, seraient contraints à la mendicité. (191)
L’industrie du tabac masochiste ?
Rien n’était plus facile pour Intox que de créer et d’animer ces pub-leurres antitabac. Il s’en réjouissait. Ainsi conçut-il un autocollant et une affiche coupés en deux. Dans la partie gauche, on y trouvait une belle image attrayante, source de rêveries et en couleur. On y découvrait aussi des ronds de fumée. Dans la partie droite, un austère slogan indiquait en caractères agressifs « Ne fumons pas ». Le slogan semblait débité par des jeunes d’apparence monotone, dépourvus du moindre attrait. Le fond blanc de l’image accentuait le côté stérile. Cette campagne antitabac qui incitait les jeunes à s’amuser en faisant des ronds de fumée permit à Intox de compter rapidement des milliers de jeunes fumeurs supplémentaires.(129)
Les relations coupables de l’Etat avec l’industrie du tabac
Sachant manier l’humour, il précisait d’abord, qu’il s’agissait d’un « impôt pour tousse », le seul impôt susceptible d’être payé par des enfants de 11 ans ou moins. Un rappel du niveau des taxes, 76%, soulignait l’enjeu. Selon lui, toute action devait être bien réfléchie. Il imaginait déjà des fumeurs porteurs de pancartes « Détrousseurs de contribuables » et des non-fumeurs exhibant des calicots « Empoisonneurs de contribuables ».(208)
L’expert soulignait qu’un budget de prévention correspondant à un dix millième des taxes perçues ne saurait être qu’une « fumisterie ».(208)
La cousine Oms partie, Alma Mater, en bonne mère protectrice, décida d’agir. Elle convoqua le Ministre des Finances, fumeur de surcroît. Elle croyait savoir qu’il venait de financer quelques générosités sociales par un accroissement de la fiscalité sur le tabac. D’autres ministres puisaient aussi dans ces taxes : celui de l’Intérieur y avait trouvé de quoi lutter contre le terrorisme. Toujours du court terme ! Il était plus facile de taxer que de remettre en cause l’emploi des finances publiques par une optimisation des moyens existants. Le Grand Argentier, en guise de réponse, brandit une citation d’un de ses maîtres à penser, Talleyrand : « Je promets de bannir ce vice affreux le jour où l’on m’indiquera une seule vertu capable de faire entrer chaque année plus de millions dans les caisses de l’Etat. » Il précisa qu’il ne s’agissait plus de millions, mais de milliards. Chaque année.(218)
Tabac et Union Européenne
Par contre, chaque fumeur cessant sa servitude se voyait immédiatement gratifié d’un 13, quatorze ou quinzième mois, en moyenne supérieur à 1500€, ceci pour un simple paquet par jour, acheté en un lieu où les tentations associées (café, sucreries, boissons) pouvaient doubler ou plus ce montant. Il était clairement démontré que ce pactole était principalement dépensé en loisirs, activité génératrice d’emplois. Dans l’Union, l’expert estimait qu’une réduction de 40% de la consommation générerait plus de 500 000 emplois. Cet argument intéressa Alma Mater, perpétuellement en quête d’astuces pour voir s’infléchir la courbe têtue du chômage.
« Chaque euro détourné par le tabac détruit peut-être ton emploi ! » fut sa proposition de slogan.(209)
Tant que l’Union continuerait à consacrer annuellement par habitant 0, 13€ à la prévention contre 800€ à la Politique Agricole Commune, Ad Patres pourrait dormir tranquille…(132)
Les producteurs de tabac locaux disparaissaient progressivement sauf dans l’Union Européenne qui continuait à assurer 90% du revenu des tabaculteurs pour un montant cent fois supérieur à celui consacré à la prévention.(184)
Mais je reviens à l’union Européenne, puisque vous l’évoquiez à l’instant. Savez-vous qu’elle consacre 976 millions € de subventions à la culture du tabac et 1,3 million à la prévention du tabagisme ? J’avoue savourer cette incohérence. Nous faisons beaucoup plus pour la prévention que l’Union !(193)
Papa Tu se libère du tabac
Au fil des semaines, Papa prit plaisir à raconter sa tentative pour rompre avec le tabac comme une aventure extraordinaire, un feu d’artifice de plaisirs. Tout d’abord, il y eut la découverte du tabacologue, le bien nommé Mr Bienvenue auquel il ajouta le titre d’ « empathologue » car son niveau d’empathie était en soi une source de motivation. Il détailla ensuite son entretien individuel : un ensemble des tests, questions, analyses et informations pour dissiper des méconnaissances, évaluer le mode de vie, les antécédents, le terrain, la nutrition, la micro nutrition, les motivations, les idées, le plaisir, les pensées liées au tabac, le niveau d’addiction, l’imprégnation au CO, l’état émotionnel, le stress, les probabilités de réussite et surtout l’envie de vivre une existence sans tabac, celle de véhiculer une nouvelle image.
Papa, papier en mains, refaisait la « balance décisionnelle », le document qui l’avait le plus séduit. Il avait successivement indiqué ce que lui apportait le tabac (c’est-à-dire rien), puis ce qu’entraînait ou risquait d’entraîner le fait de fumer, puis ce qui serait négatif en cessant de fumer et finalement ce qui serait positif dans le fait de l’arrêt. Deux heures avaient été nécessaires pour effectuer un tel bilan. Elles furent déterminantes. A aucun moment, il ne ressentit le risque de confrontation tellement fréquent entre les experts et leurs patients. Le tutoiement qui s’était instauré tout naturellement n’y était sans doute pas étranger. Au cours de la séance, et lors de son évocation, Papa prit de plus en plus conscience que sa libération tabagique était une aventure complexe impliquant une remise en cause profonde de soi.
- Finalement, je fumais avec mon cerveau ! conclua-t-il.(145)
A partir de ce jour, Papa fut étonnamment calme. Il traitait ses envies, avec une surprenante facilité, fier d’enfin opter pour une nouvelle hygiène de vie. A l’opposé, certains de ses compagnons de libération tabagique éprouvèrent des difficultés tant physiques qu’émotionnelles ou tenant à leur moral, à leur image ou même à des carences ou excès nutritionnels. Quant aux adeptes du cannabis, ils méditaient, entre autres, sur les teneurs en goudrons et en CO : chaque joint équivalait à 6-7 cigarettes !
Le suivi allait se poursuivre pendant un an, pour aborder de façon positive les différentes situations à risques. Le ressenti physique et émotionnel, la valorisation des acquis, la prévention des rechutes, l’anticipation de la démotivation, la gestion pratique du stress constituaient essentiellement le menu de neuf ateliers répartis sur l’année.(146)
Cigarettiers-contrebandiers
De commun accord, le niveau de contrebande pour le prochain exercice fut fixé à 350 milliards de cigarettes. Il paraissait aux dirigeants peu souhaitable de dépasser le seuil de 30% des ventes dans certains Etats. Déjà les « efforts » de l’industrie pour la contrebande avaient plus que doublé au cours des sept dernières années. Ce faisant, les recettes fiscales des Etats récalcitrants s’étaient effondrées, rendant les gouvernements plus aptes à un dialogue constructif en matière de barrières douanières ou de niveau de taxation. Pour l’industrie, ces cigarettes vendues à bas prix puisque sans taxes permettaient de pénétrer les nouveaux marchés. Ad Patres rappela le précédent de l’Espagne qui, contrebande aidant, avait vu ses ventes augmenter de 37% sans publicité !
Le cartel décida de freiner les ardeurs de l’importateur andorran qui avait réussi à faire fumer 65 cigarettes par jour et par habitant d’une marque inconnue dans la principauté. Ce zèle avait attiré l’attention des gabelous.(226)
Le lobby du tabac
Le marché des cigarettes se caractérisant par un nombre particulièrement restreint d’acteurs, Ad Patres ne revendiquait que six « copains », dont la haute moralité égalait la sienne. Depuis 1953, s’était formé un club, un cartel, une sorte de syndicat destiné à défendre l’industrie contre tous les débiles voulant contrecarrer un milliard cent millions de fumeurs. (184)
Les lobbyistes de l’industrie du tabac étaient dotés d’une puissance financière au moins égale à celle dont disposait ceux défendant Israël ou l’industrie de l’armement. Ils intervenaient à trois niveaux : d’abord ils défendaient la liberté de fumer gravement compromise par des activistes antitabac, des entreprises et quelques Etats. Ensuite ils arrosaient des partis politiques. Enfin ils neutralisaient les initiatives antitabac. D’aucuns auraient pu voir en ces lobbyistes un moyen quasi incestueux de créer et d’entretenir des relations entre l’industrie et le monde politique, le monde des affaires, les organisations privées ou publiques locales et les organismes onusiens. Les bureaux de lobbying n’hésitaient pas à recruter des personnalités disposant d’un carnet d’adresses en or. Un ancien Ministre britannique des Finances puis de la Santé, fumeur et buveur impénitent, n’hésita pas ainsi à valoriser ses compétences. (225)
Les politiques et le tabac
Nous avons de l’imagination. Dois-je vous rappeler que le plus acharné antitabac a été un certain Hitler avec des campagnes dès 1933 ? Le résultat de six années de campagnes musclées a été un quasi doublement du nombre de fumeurs ! D’ailleurs les Etats sont schizophrènes : ils veulent à la fois accroître leurs revenus du tabac (82% au Danemark) et diminuer les effets à terme supposés pour la santé publique. Il en est qui ont réussi la prouesse de diminuer le nombre de fumeurs tout en doublant leurs revenus du tabac. Heureusement, il est des chefs de gouvernements intelligents qui ne veulent pas attenter à la liberté du fumeur. Thatcher et Kohl étaient de ceux là. La première nous était tellement favorable que nous nous sommes assurés ses services. Pas gratuits certes, car un million de dollars sur trois ans est une somme, mais c’était vraiment un bon investissement. Quant au second, il fut un moment surnommé « Kohlboro », je n’ai jamais compris pourquoi. Vous savez, porter un jugement sur un style de vie est pour nous une forme d’intolérance.(193)
Pour ce qui nous concerne, nous nous contentons d’exploiter les failles que contiennent les diverses législations. Nous n’écrivons ni les lois, ni les règlements. Nous les contournons. C’est tout.(193)
Tabac et justice
- Et les procès ?
- Qui s’y frotte s’y pique ! Particuliers comme institutions. Demandez à l’Union européenne. Elle a dépensé les deniers publics (plus de 200 millions) afin de nous poursuivre pour trafic international. Nous, Pro-Mortem et mes copains, étions accusés d’avoir soustrait 4,2 milliards par an. L’Union a été déboutée. Point final.
- Disons point virgule ! Car le juge s’est déclaré incompétent pour un conflit fiscal. La plainte va évoluer vers un problème de blanchiment.
- PM n’est pas une lessiveuse. Le prochain procès le démontrera.
- Et les procès en provenance des fumeurs ?
- A cette loterie, rares sont les gagnants et j’y vois quatre raisons essentielles : la première est que nous n’avons jamais contraint un individu à fumer, nous ne sommes donc pas responsables de son choix. La seconde est que les montants réclamés sont d’un ridicule absolu : 28 milliards par exemple pour une fumeuse de 64 ans ! la troisième raison encore plus fondamentale est que la fumée n’est pas dangereuse en soi. C’est l’équipement enzymatique de certains fumeurs qui peut poser problème. Pas la fumée.(196)
Tabac et environnement
- Vous seriez également responsables de la pollution : les déchets ramassés sur la plage de Barcelone sont constitués pour 60% par des mégots et des étuis de cigarette.
- Il est vrai que l’Espagne est une excellente cliente.(197)
…des produits radioactifs tels le polonium 210, des insecticides au nombre desquels le tristement célèbre DDT, des pesticides etc.(64)
Tu voyage
Les parents décidèrent d’oublier la plage, au profit d’itinéraires romans en Saintonge, au programme des vacances. Avant de partir, l’incorrigible maman culturelle, infligea à son auditoire un exposé sur l’art religieux des XI et XIIème siècles. Désirait-elle qu’ils deviennent tous experts de cette expression architecturale? Elle tenta, avec succès, de les intéresser sur la fonction des églises, à la fois lieu de prière, mais aussi hôtel, restaurant, banque, et marché. Des photos appuyaient sa démonstration. Un couplet sur la modestie des bâtisseurs fit fonction de pause. Lyrique, Maman tenta de les émouvoir en expliquant combien ces églises représentaient le symbole de la gratuité dans l’art, de l’altruisme, de la sincérité. Il fallut ensuite apprécier, sur papier, l’architecture : chevet, transept, façade, abside, absidiole, croisillon, nef, mur pignon, mur gouttereau … avec menace de vérification des connaissances sur place. Pressentant des risques de sécession, elle proposa de partir sans plus attendre.(58)
Tu reçoit des lettres anonymes
Tu reçut le 27 mai 1996 une lettre ne comportant aucun signe de reconnaissance extérieure. Il ouvrit l’enveloppe, retira une feuille pliée en quatre, la déplia et fut surpris. Des lettres découpées dans des journaux formaient son nom : Tu. Au bas de la feuille était assemblé un « A suivre ». Pendant quelques instants, il chercha à identifier le plaisantin ou supposé tel, qui avait pu dépenser un timbre pour un si piètre effet. En vain. Il conclut vite que cet épisode n’avait pas à l’accaparer une seconde de plus. Il transforma la missive en une jolie petite boulette et prit plaisir à la jeter dans la poubelle, pour n’y plus songer.(95)
Tu étudie
La fin de l’année 1997 fut studieuse, les examens arrivant à grands pas. Tu restait ambivalent quant à ses études. D’un côté, il souhaitait continuer pour montrer ses capacités à Florence et à ses parents. D’un autre, il trouvait nombre de cours parfaitement inintéressants, sans base concrète. De temps à autre, il envisageait la possibilité d’abréger, pour vivre avec Florence, perspective autrement plus attrayante.(148)
Tu travaille
Tu gagnait chaque jour en assurance. Il était fier d’avoir obtenu la fourniture de trois produits pour l’usine de cigarettes : du cacao, de la réglisse et du sucre. Ces produits difficilement assimilables à de la très haute technologie confortaient néanmoins sa position chez Chim’R : il était d’ores et déjà crédible en clientèle. Sa seule frustration provenait de l’ignorance de l’usage de tels produits dans les cigarettes. Il savait que certaines pouvaient contenir jusqu’à plus de 25% de leur poids en additifs. Sa commande ne représentant que 3%, il lui restait quelques perspectives…A lui, les substances sapides et aromatisantes, les agents humectants, les produits de blanchiment des cendres, les accélérateurs de combustion, les agents conservateurs, les adhésifs, les liants. En tout 1400 « secrets de fabrication ».(178)
Tu s’intéresse à l’actualité
Cette année 1998 semblait avoir été bénie des dieux. L’économie mondiale était au beau fixe, à l’exception du sud est asiatique, de l’Amérique latine et de la Pologne. Le chômage était tombé à 4,5% aux Etats Unis, ce qui aidait les Américains à pardonner les « clintonneries » de leur Président. La bonne santé économique autorisait la création d’emplois, y compris au sein de Chim’R, la multinationale paternelle. Le département « additifs industriels » recrutait des commerciaux débutants ou confirmés.(155)
Tu est papa
Aurore ne se fit attendre qu’une journée. Ce 21 mars 2001, le plus beau bébé du monde mesurait 52 centimètres et pesait 3,4 kgs. Ses nuits étant agitées, celles de ses parents l’étaient aussi. Tu avait des difficultés à récupérer. La cigarette l’aidait à rester éveillé.(205)
Tu est malade
Il savait que sa toux matinale était signée Pro-Mortem et que son souffle court du soir était la conséquence de sa consommation quotidienne.(229)
Je peux guérir, je veux guérir. Je vais interroger le Dr Labannière sur mes chances de guérison, sur l’état de la science. Je suis prêt à affronter la maladie et les douleurs. D’ailleurs souffre t-on encore d’un cancer ?(237)
Ici, vous serez encore mieux traité que le VIP le plus célèbre. Nous ne pouvons, hélas, pas offrir ce « luxe » à tous vos semblables. Je vous assure que nous ferons l’impossible pour vous éviter de rejoindre les statistiques de Pro-Mortem et consorts. Vous connaissez mon bureau. Il vous est ouvert.(241)
Le lundi 28 novembre 2002 à 8 heures, Tu tournait une nouvelle page de son destin.(241)
Tu rit jaune en découvrant une citation d’Alphonse Allais : « L’avantage des médecins, c’est que lorsqu’ils commettent une erreur, ils l’enterrent tout de suite. »(260)
Tu exprima un ras-le-bol qui surprit le médecin, habitué à un comportement très accommodant : ras-le bol des médicaments, ras-le-bol des effets secondaires, ras-le-bol de sa dépendance aux blouses blanches…(274)
Il leur parla d’un sablier dont les derniers grains allaient bientôt passer l’orifice. Il leur parla de la mort comme d’une courtisane qu’il avait maintenant réussi à séduire.(295)
Tu est sous un double contrat
D’accord pour aider les jeunes à fumer de plus en plus jeunes, Ad Patres ne supportait pas les « lâcheurs ».
Après avoir consulté Gurkha, il conclut que Tu ne devait pas mourir de son cancer, mais d’autre chose. Quelque chose de discret, non détectable, non opposable à l’industrie. Il y avait le choix que diable ! Sous aucun prétexte, Tu ne devait rallonger les statistiques. Gurkha savait quoi faire… (258)
|